Les As du Scénar′

Introduction

Les As du Scénar’ est un jeu conçu comme un atelier de découverte ou de perfectionnement du métier de scénariste permettant de mobiliser des compétences liées à l'écriture collective de récit : trouver une idée de départ, créer ses personnages, structurer son histoire, exploiter le potentiel d’un lieu, présenter son projet… Ce jeu est accessible à tous à partir de 15 ans, quels que soient votre expérience ou votre niveau de formation. Il est fondé sur un jeu de cartes narratif qui contient 235 cartes classées en 5 familles :

  • 65 cartes "Personnage"
    Un personnage est un être imaginaire issu d'une œuvre de fiction. La création et le développement des personnages au fil du récit sont appelés représentation, peinture ou traitement des personnages.
  • 65 cartes "Faiblesse"
    Une faiblesse (ou faille) est le principal point faible psychologique, moral ou émotionnel d'un personnage qui l'empêche d'être heureux ou d'atteindre pleinement son objectif au début d'une histoire.
  • 35 cartes "Situation dramatique"
    Une situation dramatique désigne un ensemble de circonstances dans un récit où un personnage fait face à un conflit, à un enjeu fort ou à un obstacle qui entrave son objectif mais qui lui permet d'en savoir plus sur lui-même.
  • 35 cartes "Lieu"
    Un lieu désigne l'espace géographique ou le décor (naturel ou artificiel) où se déroule l'action. Il concentre l'atmosphère du récit en créant des interactions (émotions, sensations) avec les personnages.
  • 35 cartes "Genre"
    Un genre, au sens cinématographique du terme, est une catégorie de récit qui regroupe des œuvres partageant des caractéristiques communes (thème, décor, personnage, type d'intrigue ou émotions recherchées).

But du jeu

Le jeu consiste à se mettre dans la peau d’un·e scénariste en inventant et en présentant une histoire à partir d’éléments contraints et avec un temps imparti.

Déroulement d'une partie

Les participants constituent des équipes de 3 à 6 personnes.

1er tour

◈ Chaque équipe effectue un tirage au sort de 7 cartes :

    • 2 cartes « Personnage », l’une pour le protagoniste, l’autre pour l’antagoniste ;
    • 2 cartes « Faiblesse », l’une pour le protagoniste, l’autre pour l’antagoniste (chaque équipe se concerte et choisit la faiblesse à affecter à chacun des deux personnages tirés au sort) ;
    • 1 carte « Situation dramatique » ;
    • 1 carte « Lieu » ;
    • 1 carte « Genre ».

◈ Une fois les cartes tirées et déposées face aux participants, un décompte est lancé.

◈ Chaque équipe a alors 20 minutes pour laisser libre cours à son imagination et créer une histoire passionnante du début à la fin.

◈ Chaque équipe dispose ensuite de 5 minutes pour exposer devant les autres équipes son récit sous la forme d’un pitch (présentation condensée, rapide et percutante du récit, conçue pour convaincre des interlocuteurs en quelques minutes).

◈ Chaque récit est évalué par les autres équipes selon la grille d'évaluation exposée ci-après.

2e tour

◈ Un nouveau tirage au sort de 7 cartes est effectué. Toutes les équipes ont le même tirage au sort.

◈ La suite de la partie ne change pas.

Évaluation des récits

À chaque tour, les points sont attribués à chaque équipe à l'aide d’une grille d'évaluation dont un modèle est présenté ci-dessous :

Respect des consignes Intégration des personnages et de leurs faiblesses 0 1 2
Prise en compte de la situation dramatique 0 1 2
Exploitation du lieu dans lequel l'action se déroule 0 1 2
Conformité du récit aux conventions du genre 0 1 2
Construction du récit Cohérence du propos 0 1 2
Efficacité et fluidité de l'intrigue 0 1 2
Crédibilité de l'univers (lieu et atmosphère) 0 1 2
Qualité des arcs de transformation 0 1 2
  Coup de cœur * 0 1 2 3 4
 

Total

……………………… / 20

* Un coup de cœur peut porter sur l'épaisseur des personnages, la finesse des connexions qu'ils entretiennent au cours du récit, une atmosphère propice aux réactions émotionnelles et à la compréhension intuitive des situations, ou encore un choix d'images originales et saisissantes, etc.

Simulation d'un tirage au sort

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Aides à l'élaboration de votre récit

Priorité à l'intrigue ou au protagoniste ?

Dans ce qui suit, l'accent est donné sur la nature intérieure des personnages (pensées, motivations, émotions, capacités de choix, conflits internes, relations avec les autres, etc.) et le développement de ces caractéristiques tout comme les transformations qui s'opèrent au fil du récit. On valorise ce qui définit et anime le protagoniste, ce qui repousse ses limites, ce qu'il comprend, ce qu'il apprend, et la manière dont les manifestations de sa personnalité tissent les événements de l'histoire.

En d'autres termes, les personnages d'un récit n'existent pas en dehors de la situation dramatique qu'ils servent. Ainsi, le protagoniste crée les événements par ses propres actions, en poursuivant un objectif, en luttant contre une force antagoniste qui le contrarie, et sa réaction infléchit obligatoirement les éléments de l'intrigue qui l'obligent de nouveau à agir. En retour, une situation dramatique qui change de direction force le protagoniste et l'antagoniste (et tous les autres personnages) à évoluer puisqu'ils doivent s'adapter. Ils génèrent ainsi de nouvelles épreuves, et donc de nouvelles tensions dramatiques, qui redessinent l'intrigue par le biais d'événements dont ils sont responsables à un niveau ou un autre. Et ainsi de suite.

L'intrigue et le réseau de personnages jouent de concert, l'un nourrit l'autre. Aucun facteur de l'intrigue ou d'un quelconque personnage n'existe sans l'autre parce qu'ils s'influencent perpétuellement tout au long du récit.

L'arc de transformation du protagoniste : un enjeu essentiel

L'arc de transformation d'un personnage, également nommé « arche dramatique », désigne le développement de ce personnage au cours de l'histoire. Il s'agit sans doute de la plus délicate mais aussi de la plus importante de toutes les réflexions du processus d'écriture.

Un personnage est un être fictionnel, créé pour montrer de façon simultanée qu'un être humain est totalement unique par un nombre illimité d'aspects, mais reste néanmoins toujours un être humain, doté de caractéristiques que nous partageons tous. Ce personnage est ensuite mis en action (parfois malgré lui), dans l'espace et dans le temps, et comparé à d'autres afin de montrer de quelle manière il peut faire de bons ou de mauvais choix, il utilise ou non son potentiel et surtout de quelle manière il peut continuer à se réaliser, volontairement ou non, tout au long de son existence, même après avoir cessé sa croissance physique.

La transformation du protagoniste est un pivot narratif qui se déclenche au début de l'histoire. Plus précisément, elle est rendue possible dès le début par la façon dont vous la préparez. Ne concevez pas votre protagoniste comme un personnage figé et déterminé dont vous raconterez ensuite l'histoire. Vous devez concevoir votre protagoniste par son arc de transformation, c'est-à-dire un éventail de possibilités, dès le commencement du processus d'écriture, sans quoi le héros ne pourra pas subir sa transformation à la fin de l'histoire.

Cette transformation définit l'enjeu dramatique de votre récit car elle correspond à ce qui est « en jeu » pour le protagoniste (sa vie, son amour, sa liberté, sa dignité, etc.) et à la raison pour laquelle le spectateur se sent concerné par l'histoire. C'est le moteur narratif qui crée la tension et oblige le protagoniste à agir face aux obstacles qu’il rencontre. Le protagoniste transformé est le moment où il devient enfin celui qu'il rêvait être au début du récit. Il achève un processus de transformation qui se produit tout au long de l'histoire et qui lui permet de devenir lui-même de manière plus profonde et nuancée. Votre protagoniste peut traverser plusieurs transformations au cours de votre histoire, mais toutes ne seront pas des transformations « de personnage ». La transformation du protagoniste suppose une véritable remise en question et une modification de ses croyances élémentaires qui le conduisent à adopter un nouveau comportement moral.

Les croyances du protagoniste déterminent sa connaissance de lui-même, c'est-à-dire la compréhension lucide de ce qui le définit et du rapport au monde qui l'entoure : autrement dit, ce qu'il croit devoir faire pour bien mener sa vie et obtenir ce qu'il veut. Tout au long de son parcours vers l'objectif qu'il s'est fixé, ses doutes et hésitations l'obligent à réagir face aux obstacles qui génèrent un conflit et à remettre en question ses croyances les plus profondes. Poussé dans ses retranchements, il découvre ce en quoi il croit vraiment, les valeurs qui doivent guider son action, puis agir selon ce nouveau code moral.

Astuce

Sur un plan pratique, l'arc de transformation d'un personnage est déterminé 
◈ en définissant la fin de sa transformation (étape 6 de la structure narrative ci-après) ;
◈ puis en définissant le point de départ de sa transformation (étapes 1 et 2 de la structure narrative ci-après) ;
◈ et enfin, en imaginant toutes les étapes du développement situées entre ce début et cette fin.

La structure narrative : charpente indispensable de votre récit

Par « structure narrative », nous entendons la façon dont un récit se développe dans le temps de la narration. Ce dernier traverse au minimum 7 étapes de développement incontournables, entre son début et sa fin.

structure narrative

Étape 1 : la faiblesse et le besoin du protagoniste

Un personnage qui mène l'action doit nécessairement attirer l'attention du public, tout au long du récit. Il ne doit pas y avoir de temps morts, de pauses, de bavardages inutiles ou de métaphores qui enfoncent des portes ouvertes. À partir du moment où votre protagoniste devient ennuyeux, l'histoire s’arrête. La meilleure façon d'attirer et de retenir l'attention du public est sans doute de rendre le protagoniste fascinant et mystérieux, en montrant au public qu'il cache quelque chose. Cela oblige le public à ne pas rester passif et à participer activement à l'histoire. Il doit pouvoir se dire : « Ce personnage cache quelque chose et je veux découvrir ce que c'est. »

Dès le début de votre histoire, le protagoniste doit avoir une ou plusieurs faiblesses majeures, une ou plusieurs blessures qui ne guérissent pas ou mal et qui tendent à l'entraver. Il y a quelque chose qui manque en lui, quelque chose de tellement profond que cela lui gâche la vie, l'empêche d'avancer et d'être en pleine possession de ses capacités. Mais ce sont ces défauts qui le rendent humain et sont propres à générer de l'empathie (une capacité du public à s'intéresser au personnage et à le comprendre). En tant que personne imparfaite, un protagoniste doit, dans l'idéal, être capable du meilleur comme du pire, et le plus intéressant dans tout cela, c'est qu'il en paraîtra bien plus vivant et crédible.

Le besoin, c'est ce que le protagoniste doit accomplir en lui-même, sans en avoir pleinement conscience au début du récit, pour améliorer sa vie. Et pour réussir, il doit en général surmonter sa faiblesse et changer ou évoluer, d'une façon ou d'une autre. Le besoin est en réalité la raison d'être de votre histoire et le point de départ de toutes les autres étapes. Au début du récit, le protagoniste ignore ce dont il a besoin. S'il le sait déjà, l'histoire est terminée ! Il ne se rend compte de son besoin qu'au moment de sa révélation personnelle, vers la fin de l'histoire, après avoir souffert (dans le cas d'un récit dramatique ou tragique) ou avoir lutté (dans le cas d'un récit aux accents comiques ou moqueurs).

Dans la majorité des histoires, le protagoniste n'est doté que d'un besoin psychologique (doutes, remords, infériorité, manque de confiance en soi, etc.). La conséquence est qu'il doit surmonter une faiblesse interne, mais cette faiblesse ne fait de mal à personne d'autre qu’à lui-même. Le protagoniste doit donc être doté d'un besoin moral qui découle de son besoin psychologique et de sa faiblesse principale : une force souterraine et inconsciente qui le pousse à agir de manière immorale et qu'il devrait dominer pour apprendre à se comporter correctement avec les autres. L'évolution psychologique du protagoniste et de ses choix moraux tout au long de votre récit est articulée autour de la question : « Qu'est-ce que le protagoniste a appris sur lui-même et sur les autres ? »

Astuce

En dotant votre protagoniste d'un besoin (inconscient) qui soit à la fois moral et psychologique, vous augmentez l'impact de ce personnage sur l'histoire et, par là même, vous augmentez la puissance émotionnelle de l'histoire.

Étape 2 : le désir du protagoniste

Le désir est ce que votre protagoniste souhaite obtenir consciemment, son objectif concret et mesurable dans l'histoire (survivre, déjouer un complot, gagner une compétition, s'échapper, etc.). Pour le public, l'histoire ne devient intéressante que lorsque le désir est clairement exposé au début de l'histoire. Le désir, intimement lié au besoin, est donc la piste que le public suit pas à pas. Il est la force conductrice de l'histoire, la colonne vertébrale à laquelle tout le reste est suspendu. C'est un objectif extérieur au personnage. Une fois que le protagoniste s'est approprié cet objectif, il choisit d'emprunter un itinéraire et entreprend une série d'actions pour l'atteindre. L'intrigue repose ainsi sur une question tenant le spectateur en haleine jusqu'au dénouement : « Le personnage va-t-il atteindre son objectif ou non ? »

Même si le désir n'est qu'un prétexte pour mettre le protagoniste en action, il doit être de grande importance de manière à motiver suffisamment le protagoniste dans sa quête et à renforcer ainsi l'enjeu du récit : le public ne vibre pas et ne tremble pas à l'idée qu'un personnage échoue à atteindre son objectif si lui-même s'en moque… La ligne du désir doit donc être alimentée de manière récurrente au cours du récit par une autre question : « Que risque le protagoniste s'il ne parvient pas à atteindre son objectif ? » Aussi est-il efficace de moduler et renforcer l'enjeu de votre récit jusqu'à son terme.

L'histoire ne doit comporter qu'une seule ligne de désir, qui prend graduellement de l'ampleur en termes d'importance et de dynamisme narratif. Ce désir doit être précis et accompli. Si le protagoniste atteint son objectif au milieu du récit, vous devez soit arrêter l'histoire, soit créer une nouvelle ligne de désir, au risque de mélanger deux histoires ensemble. En étendant la ligne de désir quasiment jusqu'à la fin de l'histoire, vous conférez à votre récit une unité qui lui assure l'intensité narrative nécessaire pour maintenir l'intérêt du public, c'est-à-dire l'amener à s'inquiéter des conséquences d'un possible échec.

Le besoin et le désir remplissent des fonctions différentes vis-à-vis du public. Dans le besoin, le public voit de quelle façon le protagoniste doit changer pour améliorer sa vie. C'est la véritable clé de toute l'histoire, mais elle demeure dissimulée, sous la surface du récit. De son côté, le désir donne au public quelque chose à poursuivre avec le protagoniste, un but dont il pourra se rapprocher au fil des diverses péripéties, rebondissements, retours en arrière, et même digressions de l'histoire. Le désir est à la surface du récit, ce que le public pense être le « sujet » de l'histoire.

Étape 3 : l'antagoniste

De toutes les relations entre les personnages du réseau, la plus importante est celle du protagoniste et de son principal adversaire, l'antagoniste. C'est cette relation conflictuelle qui détermine la manière dont toute l'histoire se construit. L'antagoniste doit être conçu de façon structurelle, pensé par rapport à sa fonction dans l'histoire.

Un véritable antagoniste cherche à empêcher le protagoniste d'assouvir son désir, mais représente également un concurrent qui tente d'atteindre le même objectif que lui. En définissant l'adversaire de cette façon, on fait en sorte que cette étape soit intrinsèquement liée au conflit entre le désir commun aux deux personnages et une résistance féroce à l'accomplissement de ce désir. Ce n'est que s'ils sont en compétition pour la même finalité que le protagoniste et l'antagoniste peuvent être forcés à entrer en conflit direct, plusieurs fois de suite tout au long de l'histoire. Si vous pourvoyez votre protagoniste et son adversaire de deux lignes de désir distinctes, chacun d'entre eux pourra éventuellement obtenir ce qu'il souhaite sans entrer en conflit direct avec l'autre. Et dans ce cas-là, il n'y a pas d'histoire à raconter.

L'antagoniste détient la clé de l’histoire : c'est par son intermédiaire que le protagoniste apprend et évolue au cours du récit. Lorsque l'antagoniste attaque la faiblesse majeure du protagoniste, le protagoniste est forcé de prendre en considération cette attaque, d'en analyser la raison et de prendre une décision qui le fait évoluer. Quand on réfléchit à certaines histoires, on a souvent l'impression, au premier regard, que le protagoniste et l'antagoniste ne cherchent pas atteindre le même dessein. Mais il faut étudier les choses en profondeur. Dans le récit policier par exemple, on a généralement l'impression que le protagoniste cherche à arrêter l'assassin et que l'adversaire cherche à lui échapper. Mais la véritable raison pour laquelle ils se battent, c'est la version de la réalité qu'ils veulent faire croire aux autres.

L'astuce qui permet de créer un antagoniste cherchant à partager le même désir que le protagoniste, c'est de trouver le stade le plus profond du conflit qui les oppose : « Quelle est la chose la plus importante pour laquelle ils se battent ? » Attention, créer un protagoniste dont l'antagoniste ne serait autre que lui-même est souvent une mauvaise idée qui peut engendrer des difficultés d'ordre structurel. Un protagoniste qui se bat contre lui-même fait souvent référence à une faille psychologique, donc à une faiblesse.

Astuce

Un « bon » protagoniste n'existe qu'au travers d'un « bon » antagoniste. Pour créer ce personnage, il faut le rendre nécessaire (c'est le personnage le plus apte à attaquer la faiblesse majeure du protagoniste), humain (il est un personnage aussi complexe et intéressant que le protagoniste car il est doté lui aussi d'une faiblesse et d'un besoin qui rendent sa démarche authentique et légèrement différente de celle du protagoniste), convaincant (ses valeurs ou croyances s'opposent à celles du protagoniste mais ses arguments moraux sont erronés).

Étape 4 : le plan du protagoniste

Dans la vie comme dans la narration, aucune action n'est possible sans plan. Le plan représente une stratégie concrète, c'est-à-dire l'ensemble des directives que le protagoniste suit pour vaincre son adversaire et atteindre ainsi son objectif. Le plan est intrinsèquement lié au désir et donc à l'antagoniste.

Astuce

Intervenant généralement après la définition du désir conscient du protagoniste, marquant le passage de la réaction à l'action, le plan permet d'associer une logique aux mouvements du protagoniste ; sans plan, il ne sait comment opérer et le public ne comprend pas véritablement les raisons qui le poussent à agir.

Étape 5 : la confrontation finale

Vers le milieu de l'histoire, le protagoniste et l'antagoniste s'engagent dans une confrontation singulière et inévitable, chacun essayant d'atteindre l'objectif. Plus la nécessité d'atteindre l'objectif est cruciale pour le protagoniste, plus le conflit est puissant et plus le public se sent impliqué émotionnellement. L'affrontement va crescendo au fur et à mesure que l'on avance dans l'intrigue et le désir des deux personnages n'en devient que plus obsessionnel, augmentant ainsi l'enjeu du récit et donc l'intérêt du public. La confrontation finale est l'ultime affrontement qui conduit l'antagoniste à confronter le protagoniste à ses démons (mensonges, contradictions, etc.). Après avoir douté, le protagoniste pense qu'il ne va pas pouvoir surmonter ce dernier rapport de force, qui est aussi un point de non-retour.

La confrontation finale détermine lequel des deux personnages atteindra l'objectif. Pour éviter les clichés, il faut lier ce conflit externe au conflit interne : le vainqueur gagne « à l’extérieur » parce qu'il a enfin changé « à l’intérieur » ; parallèlement, la défaite de l'un doit demander un sacrifice ou une intelligence extrême de la part de l'autre. Cette dernière épreuve peut être physique et violente, mais il peut s'agir également d'une confrontation verbale.

Astuce

La confrontation finale doit représenter la résolution logique et inévitable de tous les conflits accumulés. Le spectateur doit comprendre exactement ce qui se joue (la survie du protagoniste, le salut d'un proche, la réussite d'un idéal, etc.). L'enjeu ne peut plus être négocié à cette étape de la structure narrative.

Étape 6 : la révélation personnelle

Pour le protagoniste, la confrontation est une expérience intense et douloureuse dont il ne sort pas indemne. Cette épreuve le mène à une importante prise de conscience de son besoin. C'est le cœur émotionnel du récit. La qualité de votre histoire sera donc en grande partie fondée sur l'épaisseur de cette révélation personnelle. Pour créer une prise de conscience efficace, vous devez d'abord savoir que cette étape, tout comme celle du besoin, possède deux aspects, l'un psychologique et l'autre moral.

Dans une prise de conscience psychologique, le protagoniste retire le masque derrière lequel il vivait et se voit tel qu'il est vraiment pour la première fois. Cette suppression du masque n'est ni passive ni facile. Il s'agit en effet de l'acte le plus actif, le plus difficile et le plus courageux que le protagoniste ait accompli dans l'histoire. Dans une prise de conscience morale, le protagoniste faire ressortir le pire en lui dû à sa rage de vaincre avant de révéler le meilleur. Il réalise ainsi que son problème moral central se réduit à un choix entre deux façons d'agir envers autrui.

L'étape du besoin et celle de la révélation personnelle permettent de définir la transformation par laquelle passe le protagoniste : le besoin correspond au début de la transformation alors que la prise de conscience en est le point final. Le besoin est la marque l'immaturité et de l'inhibition du protagoniste au début de l'histoire. La prise de conscience est au contraire le moment où le protagoniste se développe, s'épanouit en tant qu'être humain (à moins que cette prise de conscience soit si douloureuse qu'elle finisse par le détruire). C'est ce qu'il apprend, ce qu'il gagne, ce qui lui permettra de vivre une vie meilleure dans le futur.

Si la prise de conscience est positive – le protagoniste cerne la personne qu'il est vraiment, découvre le sens de la vie et apprend à vivre en adéquation avec son environnement –, il progresse afin de mieux comprendre le monde ou se racheter. Si la prise de conscience est négative – le protagoniste comprend qu'il a commis un acte horrible qui lui fait perdre foi en la vie et se révèle alors incapable de surmonter cette épreuve –, il régresse en entamant une descente aux enfers, voire même en se déshumanisant.

Astuce

N'amenez pas votre protagoniste à mettre les pieds dans le plat en formulant directement ce qu'il apprend. Ce serait moralisateur, pas assez subtil, et cela tendrait à rebuter le public. Il vaut mieux suggérer les pensées du protagoniste par le biais des actions qu'il entreprend et qui l'amènent à la prise de conscience.

Étape 7 : le nouvel équilibre

Avec le nouvel équilibre, tout retourne à la normale et tout désir disparaît. Cela étant dit, il existe désormais une différence majeure : à la suite de l'épreuve qu'il a traversée, le protagoniste est passé à un autre stade. Une transformation fondamentale et immuable s'est produite en lui.

Astuce

Le nouvel équilibre n'est pas un retour « à la case départ » du début du récit. Si l'ordre est en partie rétabli, le monde et le protagoniste changent. Ce monde nouveau dépend de la manière dont le protagoniste surmonte (ou échoue face à) son problème moral central.

Le genre : un pacte de communication avec votre public

Un genre, au sens cinématographique du terme (comédie, drame, policier, science-fiction, fantastique, historique, etc.), tire son essence du respect envers un ensemble de conventions et de codes narratifs, visuels, sonores, émotionnels, etc. Que ces codes soient pertinents, intéressants, riches, ou non, n'a strictement aucune importance ; c'est leur utilisation, leur relecture et développement qui permettent de poser tout à la fois « créativité de l’auteur » au sein d'un corpus d'éléments évocateurs, et « intérêt d'un public » très souvent au fait de ses utilisations et qui se déplace justement pour assister à une nouvelle approche des bases narratives d'un genre.

Un genre se nourrissant de son propre corpus, on pourrait imaginer que les possibilités d'évolution soient minces. Mais ce n'est pas le cas ! Tout genre connaît des variations de ses thèmes et des enrichissements qui, s'ils rencontrent le succès, engendrent mécaniquement par leur imitation des sous-catégories (sous-genres).

Il est de pratique courante et légitime d'estimer qu'un genre regroupe un certain nombre de caractéristiques permettant justement de le définir. Pour chaque genre, nous nous trouvons en présence d'un cahier des charges qui, s'il n'a aucune obligation à être exhaustif, doit à tout du moins regrouper suffisamment d'éléments sémantiques pour permettre d'étiqueter le récit en lui attribuant la qualification générique d'un genre.

De quoi sont constitués ces éléments ? De plusieurs facteurs comme les personnages fondés sur des archétypes connus comme le décor, l'atmosphère, l’époque, les costumes, les accessoires et objets techniques particuliers, les situations dramatiques, les psychologies, la présence de chansons ou non, le traitement singulier d'un sujet, le type de public auquel le récit est destiné, etc. Il est surtout nécessaire de prendre en considération que le public attend qu'un récit estampillé du nom d'un genre s'accorde de ses spécificités, et ce non seulement en termes de contenus, mais surtout de réponse émotionnelle (la peur et l'effroi pour un thriller, les éclats de rire pour une comédie, la fascination et la réflexion pour la science-fiction, etc.). Le genre est donc un pacte de communication, une promesse qui organise une attente pour le public.

Astuce

Tous les éléments propres à un genre, pris séparément, peuvent largement déborder de leur famille d'origine et s'inviter dans un autre. Dans ce cas, les genres associés gagnent à être hiérarchisés. L'un doit bénéficier de l'apport de l'autre et doit être davantage mis en avant afin que le public dispose d'un repère global et ne vive pas un sentiment de confusion.

Le ton : un concentré d’émotions

Le choix du ton est capital. Lorsqu'on travaille une idée, un concept, il est naturel de réfléchir d'abord au choix du genre puisque l'intrigue nous projette dans un type narratif spécifique avec ses codes et passages obligés. On gère un ensemble de conventions propres au genre que le public attend. Ces conventions peuvent varier d'une époque à l'autre, mais sans qu'elles soient réellement affectées.

Le choix du ton offre au récit un registre particulier, c'est-à-dire un ensemble de marqueurs qui provoquent des effets émotionnels ou intellectuels sur le public. Ce registre démarque votre récit et permet de développer une approche originale à tous points de vue : humoristique, tragique, pathétique, lyrique, épique, ironique, sombre, amer, etc. Le choix du ton dépend de votre intention : désirez-vous que le public rie, pleure, frémisse, s’interroge, etc. ? Ce choix doit évidemment être effectué au plus tôt puisqu'il va profondément conditionner le développement et le rythme de votre histoire.

Le lieu : un réservoir d'atmosphères

Le lieu (on parle aussi d'arène) est un écosystème dans lequel chaque élément constitutif est étroitement lié à un genre ou à une catégorie de récit. Légitimement, le public s'attend à retrouver ces éléments, au même titre qu'il espère suivre une intrigue ou faire la connaissance de personnages emblématiques du genre. Il s'agit là de cohérence sémantique : il est bien sûr possible de laisser ces associations de côté, mais le public ne suivra pas votre histoire avec le même engagement.

Astuce

Un lieu est soit agencé par un personnage, soit occupé par ce même personnage : dans le premier cas, le personnage est maître d'un espace et le lieu concourt à sa caractérisation en offrant un premier aperçu de sa nature ; dans le deuxième cas, le personnage subit un espace qui influence sa psychologie et qui peut même être pour lui le rite de passage d'un monde ordinaire vers un monde extraordinaire. Dans tous les cas, un lieu représente à sa manière les individus qui le peuplent, y compris par contraste en plaçant (ou en déplaçant) un personnage dans un environnement qui lui est étranger, voire le met mal à l'aise.

Le lieu fait partie intégrante de l'univers de votre récit. Ne le concevez pas comme un simple décor dans lequel l'action se déroule et les personnages évoluent. Le lieu est le territoire dans lequel règne une atmosphère singulière propice aux réactions émotionnelles et à la compréhension intuitive des situations par le public. La spécificité d'un lieu (architecture, fonction sociale, esthétique et portée symbolique, équipements, espaces de circulation, etc.) peut faire avancer votre intrigue, révéler un personnage au public du fait qu'il est coloré par ses états d'âme et ses expériences passées, faire évoluer un personnage de gré ou de force tout au long de son parcours, ou encore constituer un personnage à part entière (une arène unique jouant le rôle d'un milieu social ou d'un contexte historique pour votre récit). La construction d'un lieu nécessite de répondre à quelques questions : « Quelle signification revêt le lieu pour votre protagoniste ? Que représente-t-il pour lui ? S'y sent-il en danger ou en sécurité ? Quelles émotions y sont liées ? En quoi les éléments présents dans le lieu pourraient-ils potentiellement une source d'opposition pour lui ? »


D'après :

  • TRUBY John, Anatomie du scénario - Comment devenir un scénariste hors pair, Michel Lafon, 2017.
  • COTTE Olivier, Fiction(s) - Maitrisez les outils de la narration moderne, Armand Colin, 2025.
  • LAVANDIER Yves, La dramaturgie - L'art du récit, Les Impressions Nouvelles, 2024.
  • McKEE Robert, Story - Écrire un scénario pour le cinéma et la télévision, Armand Colin, 2017.